Face aux inondations, la clé c’est s’infiltrer !

Le 16 juillet 2021, la dévastation dans une rue d’Allemagne de l’Ouest après les inondations (photo Reporterre/C. Stache/AFP)

Le 16 juillet 2021, la dévastation dans une rue d’Allemagne de l’Ouest après les inondations (photo Reporterre/C. Stache/AFP)

« Une partie de nos vies a été détruite » confie un habitant de Liège à LCI, « c’était comme un tsunami »,explique un autre le 16 juillet 2021, lors des inondations provoquées par des pluies torrentielles dans l’Est et le Sud de la Belgique. La Meuse y est en effet montée très soudainement, passant en trois jours de 56 centimètres à plus de 6 mètres provoquant un bilan dramatique, avec 41 victimes. Ce phénomène d’inondations ne cesse de s’amplifier. En août dernier, c’était en Allemagne et on se souvient d’Angela Merkel visitant les zones sinistrées. En novembre 2021, la région de Dunkerque dans les Hauts de France a été concernée par de très fortes pluies, notamment du côté d’Esquelbecq, et l’automne d’avant, la vallée de la Vésubie dans les Alpes Maritimes. Depuis l’an 2000, on a recensé 165 inondations par an en moyenne à l’échelle mondiale, soit deux fois plus qu’en 1990. Et en France, c’est aujourd’hui la plus grande part des catastrophes naturelles.

Tous responsables ? 

Dans son dernier rapport d’août 2021, le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat) prévoit que ce type d’évènements climatiques extrêmes va se multiplier, provoquant des inondations d’un niveau encore inconnu et susceptibles de remettre en question le système d’évacuation des eaux pluviales. Le changement climatique et plus particulièrement les émissions de CO2 (en créant des particules qui, une fois dans le ciel, se transforment en gouttes d’eau et donc en pluie) modifient le cycle de l’eau avec des pluies plus intenses. Les zones côtières, confrontées à l’élévation du niveau des mers, vont aussi contribuer à accroître la fréquence et la gravité des inondations.

Mais les causes sont, avant tout, liées à l’activité humaine. En effet, la population mondiale est en constante augmentation (246 000 personnes de plus par jour) ce qui nécessite la construction de nouvelles habitations. Puisque l’urbanisation augmente, les réseaux séparatifs (où les eaux usées sont séparées des eaux pluviales) deviennent trop petits. Les sols sont aussi davantage imperméabilisés pour protéger les différents édifices construits. De ce fait, l’eau ne peut plus s’évacuer par la terre et reste piégée dans les rues et les zones habitées. L’imperméabilisation entraîne ainsi une augmentation et une accélération des ruissellements pluviaux susceptibles d’aggraver le pic des crues. Toutes ces catastrophes ont eu de graves conséquences, avec un lourd bilan humain. Des maisons, des ponts et des routes ont été détruits. Les inondations créent des traumatismes et ont un impact sur la santé humaine.

Agir ou réagir ?

Des solutions naturelles semblent simples et peu coûteuses, comme végétaliser les villes pour diminuer la chaleur (évapotranspiration), créer des corridors pour le déplacement de la faune, laisser le sol au naturel pour qu’il reste perméable et que l’eau s’infiltre plus facilement. Ensuite, l’espace urbain pourrait gérer les eaux pluviales, grâce à la mise en place, par exemple, de noues qui stockent l’eau et lui permettent de s’infiltrer, au lieu de la rejeter dans les fossés des autoroutes. En Afrique du Nord, il existe aussi des arbres de pluie qui récupèrent l’eau parce qu’ils sont plantés plus bas, au pied d’un trottoir en pente qui draine naturellement. On peut aussi végétaliser les toitures comme au musée Arkéos à Douai ce qui facilite la gestion des eaux pluviales et la régulation de la température.

Jean Jacques Hérin de l’Adopta le 8 février dernier nous a présenté toutes les méthodes pour favoriser l’infiltration des eaux pluviales (Photo Le Hublot)

Jean Jacques Hérin de l’Adopta le 8 février dernier nous a présenté toutes les méthodes pour favoriser l’infiltration des eaux pluviales (Photo Le Hublot)

Il faut donc adopter une politique différente, ne plus rejeter l’eau mais la sauvegarder. Comme nous le confie Jean-Jacques HERIN, directeur de l’association ADOPTA (Association pour le Développement Opérationnel et la Promotion des Techniques alternatives en matière d’eaux pluviales) : « Aujourd’hui, face au changement climatique en particulier, mais pour toutes les autres raisons, il faut garder l’eau. Ce n’est plus un déchet, c’est une ressource, c’est une richesse”. Le sol permettant un stockage gratuit de l’eau, il faut s’en servir !

On peut ainsi généraliser le revêtement perméable, un matériau posé sur les routes qui permet à l’eau de s’infiltrer et d’être stockée mais qui pourrait être utilisé dans tous les espaces urbains au sol. Dans les villes pentues, il faut repenser le plan d’urbanisation pour atténuer les effets de pente. De plus, il est important de prendre en compte les catastrophes du passé, mettre en place plus d’alertes et surtout, prévenir et sensibiliser la population. “Il faut mettre le risque sur la table ; il existe. Le risque fait partie de la vie” rajoute M. Hérin.

Des initiatives locales inspirantes

Ces idées novatrices proposées par l’ADOPTA ont été appliquées sur le site de l’Université Polytechnique Hauts-De-France à Valenciennes : par exemple, a été mise en place la « route de l’eau » où plus de 3000 m3sont dédiés au stockage, ce qui permet de recharger les nappes phréatiques et donc d’éviter des ruissellements dangereux. De même, aux abords de la voie routière, un fossé naturel, appelé Noue-Canal, accueille les eaux de pluie via une route en légère déclivité dans un système hydraulique doux. Ensuite, les parkings sont aménagés : matière poreuse pour la route, zone en herbe pour le parking, voire pavés autobloquants… Enfin, dans le prolongement de la Noue-Canal, il y a une série de noues-plantées, fossés dans lesquels les plantes sont très présentes. L’efficacité est donc optimale.

Ailleurs, à Bertry, petite bourgade des Hauts de France déjà inondée par le Riot, on réfléchit sur le sol imperméabilisé qui n’absorbe plus l‘eau. Pour le maire, Jacques Olivier, il faut d’abord vérifier le bon fonctionnement du système de stockage de l’eau et s’assurer que rien ne le bloque. Il a aussi mis en place des bassins de rétention des eaux qui servent de zones tampons ; il a enfin réuni les agriculteurs de sa commune pour leur demander de labourer les terres perpendiculairement à la pente mais aussi de planter des fascines qui ralentissent ou permettent de stocker l’eau.

De l’initiative purement locale à une politique plus globale, il est plus que temps, en tout cas, de trouver des solutions qui ne prennent plus l’eau…

                                                                       Carole Courtesol, Camille Heudent, Sarah Lequien.

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