L’Escaut n’est pas un long fleuve tranquille

L’Escaut, vous connaissez ? C’est notre fleuve, celui qui traverse Cambrai. Pourtant, ici, on ne le nomme jamais par son nom : on dit le Canal. En effet, s’il prend sa source à Gouy, au nord de Saint-Quentin, il est canalisé depuis le début du XXème dans le Cambrésis et ne retrouve ses courbures naturelles qu’en traversant la Belgique, en passant par Tournai, Audenarde, Gand et Anvers. Il arrive ensuite aux Pays-Bas où il rejoint la mer du Nord entre Breskens et Flessingue. Longtemps, ce fut le meilleur moyen de déverser sur Paris l’or noir des mines du Nord. Canalisé mais vivant, l’Escaut est un réservoir de biodiversité. Mais ce n’est pas un long fleuve tranquille…gros plan sur notre fleuve et enquête à la recherche d’un milieu aquatique de qualité. Parce que la fonction d’un fleuve, c’est de participer au cycle de l’eau, d’être un lieu récréatif, mais aussi de participer à la trame verte et bleue, d’être un réservoir de biodiversité. Mais encore faut-il que ce fleuve soit en bonne santé…

L’Escaut est aussi un réservoir de biodiversité et un poumon naturel au sein de l’’agglomération (photo autorisation La Voix du Nord)

Une catastrophe écologique, un écocide local

Dans la nuit du 9 au 10 avril 2020, l’usine sucrière Tereos d’Escaudœuvres a accidentellement déversé 100 000 m³ d’eaux usées noirâtres, soit 40 piscines olympiques, dans l’Escaut à proximité de Cambrai. La cause de cette pollution ? Une brèche sur un bassin de décantation de l’usine. Les conséquences sont énormes : le milieu est saturé d’ammoniac et de nitrites, des dizaines de tonnes de poissons sont retrouvés morts côté wallon, privés d’oxygène. L’usine réagit rapidement mais le mal est fait… En janvier 2023, l’usine est alors condamnée à verser 9,5 milliards d’euros aux nombreuses parties civiles.  Nous avons rencontré Audrey Lieval, Cheffe de projet et directrice du syndicat mixte Escaut, qui nous a expliqué les détails :  » C’est un bassin qui a fui, à cause d’un problème d’entretien, côté Escaudœuvres, qui s’est déversé dans les pâtures et a rejoint la Raterie, un cours d’eau qui alimente l’Escaut. C’est une pollution organique dont les bactéries ont tué tout le milieu aquatique. Après, l’Escaut a été vidé complètement de sa vie. » En août 2025, le canal de l’Escaut a encore connu une prolifération de cyanobactéries, c’est la quatrième fois en 5 ans que ce canal connait une période de pollution. 

La prolifération bactérienne est favorisée par plusieurs faits : les fortes chaleurs, le rejet de polluants industriels et agricoles, ainsi que les eaux usées qui ne sont pas assez traitées. Les bactéries se développent plus rapidement lorsque l’eau est chaude et avec beaucoup de nutriments, ce qui provoque une dégradation de la qualité de l’eau. Cette pollution entraîne des conséquences importantes sur l’environnement. Outre la menace sur les poissons et les plantes aquatiques, elle perturbe aussi les écosystèmes et peut dégager une odeur nauséabonde ou provoquer des maladies chez l’humain, notamment des infections de la peau ou des troubles digestifs en cas de contact ou d’ingestion accidentelle. Mais en plus de cette pollution invisible, il y a également ce qui se voit. A Cambrai, Rachel Carré, rameuse et trésorière du club d’aviron nous a parlé de ces pollutions qui peuvent déranger les rameurs lors des séances d’entrainement : « Je peux voir du papier, des bouteilles ou des sacs en plastique qui flottent à la surface. Ça fait sale. »

L’Escaut à Cambrai, c’est d’abord un canal et des écluses, ici au Port Cantimpré (photo Zoé Couvreur)

Alors qu’a-t-on fait pour dépolluer ? 

Mme Lieval nous a expliqué que pour stopper la pollution, des pompes ont été placées pour récupérer l’eau qui coule du bassin dans le canal et la renvoyer dans le bassin. Par la suite, les équipes de la Direction Nature et Forêt ont mis en place des aérateurs qui permettent d’apporter un peu d’oxygène dans l’Escaut afin de sauver la vie aquatique. Pour surveiller la contamination aux cyanobactéries, l’Agence de l’eau Artois-Picardie et les collectivités territoriales effectuent des analyses plus fréquentes de la qualité de l’eau du canal de l’Escaut du côté d’Escaudœuvres. Ils ont également assuré mettre en place un dispositif d’alerte et de suivi renforcé en cas de nouvelle prolifération. De plus, ils assurent développer des mesures préventives durables pour limiter ce type de pollution et organiser une campagne de sensibilisation à destination des riverains et des propriétaires d’animaux pour limiter les déchets visibles. Notre rameuse, Mme Carré, nous a également expliqué que le club d’aviron était vigilant à la bonne santé du fleuve : ainsi, pour ne pas polluer le canal, le club n’utilise pas de bateaux à moteur, sauf une fois par an lors des compétitions.

Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? 

Aujourd’hui, les eaux usées sont d’abord traitées à la station d’épuration de Cambrai-Neuville-Saint-Remy avant d’être rejetées dans l’Escaut. Le SAGE, Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux, est un outil stratégique de planification de la gestion de l’eau et des milieux aquatiques : ici, le SAGE Escaut procède au diagnostic des systèmes d’assainissement. Pour l’avenir du canal de l’Escaut, nous pouvons souhaiter la réussite du réseau Seine-Escaut qui permettra de relier le bassin de la Seine en France à celui de l’Escaut en Belgique, avec la construction d’un nouveau réseau fluvial. Espérons aussi que le SAGE Escaut atteindra ses objectifs comme limiter l’impact de l’assainissement collectif, améliorer l’assainissement non collectif et réduire la pression des autres usages.

Nos fleuves sont précieux : ils développent une immense biodiversité, limitent l’érosion des côtes grâce à la végétation aquatique, fournissent des matières premières et alimentaires, participent à l’absorption d’une partie du CO2 lié aux activités humaines. Ils permettent aussi le développement de nombreuses activités économiques et fournissent un accès à l’eau potable pour environ 2 milliards de personnes. Alors prenons soin du nôtre et attention à ne rien jeter au sol quand nous allons nous promener au bord du Canal.

Anaïs Botte, Zoé Couvreur et Romane Leprohon.

Les commentaires sont clos.