C’est l´hôpital qui se moque de la charité…mais pas des déchets !

Dans les débats publics, on parle beaucoup des hôpitaux pour leurs urgences saturées ou leur manque de lits…mais on parle peu du recyclage des déchets hospitaliers. A l’heure où la question des déchets et de leur gestion reste souvent un défi pour nos sociétés, zoomons sur les efforts menés sur notre territoire.

A l’hôpital Jean Bernard de Valenciennes, Julie Champion nous a expliqué le recyclage était intégré aux pratiques quotidiennes (Photo Elyse Nette)

Dans les hôpitaux français, 700 000 tonnes de déchets sont générées par an, dont 85 % sont des déchets ménagers ou alimentaires liés à la restauration.  Ceux-ci suivent les filières classiques qui sont de plus en plus développées dans notre pays. Mais il y a aussi 15 % de déchets dangereux appelés DASRI (déchets d’activités de soins à risques infectieux) comme les seringues usagées, les cotons souillés, les poches de sang, les objets coupants, tranchants ou piquants, soient 9000 à 13000 tonnes par an dont il faut se débarrasser. Ces DASRI contiennent ou peuvent contenir des microbes ou des substances toxiques, micro-organismes ou toxines qui peuvent infecter, selon leur type ou leur quantité (précisé dans un article du Code de la santé publique), les êtres humains ou les autres organismes vivants.  Ces déchets, déposés dans des bacs obligatoirement jaunes dans tous les hôpitaux français, sont incinérés et doivent être traçables tout au long de leur trajet vers l’incinération.

Néanmoins, en 2021 et à l’échelle mondiale, et selon l’entreprise spécialisée dans ce recyclage « Bertin Medical Waste », seuls 61 % des établissements de santé dans le monde disposent de services de gestion des déchets de base, et ce chiffre tombe à 25 % dans les contextes fragiles. Des milliers d’établissements de soins n’ont ni système structuré de collecte, ni traitement des déchets infectieux. Cela est lié à l’insuffisance des investissements, à l’absence de cadre réglementaire et à un manque de formation du personnel. 

Et dans le département du Nord, que font nos hôpitaux ?

Quant à nous, nous nous sommes intéressées aux deux centres hospitaliers du territoire et nous avons interviewé leurs deux responsables développement durable, Eric Pierru à Cambrai et Julie Champion à Valenciennes : nous avons cherché à comprendre comment les déchets hospitaliers sont traités, collectés ou recyclés et quelles sont les différentes solutions mises en place pour réduire leur impact environnemental.  De manière plutôt rassurante, ils nous ont répondu que le recyclage dans leurs hôpitaux était très important quotidiennement alors qu’ils produisaient une grande quantité de déchets chaque année.

L’hôpital de Cambrai trie ses Médicaments Non Utilisés et selon le type incinère, recycle ou méthanise (photo Le Hublot)

Ainsi, dans le centre hospitalier de Cambrai, les médicaments non utilisés (MNU) ont été longtemps confiés à l’association « Sénégal France » qui les envoyait en Afrique pour répondre aux besoins des personnes démunies. Aujourd’hui, l’hôpital cambrésien donne le nombre exact de médicaments dont le patient a besoin, ce qui réduit considérablement les déchets. A l’hôpital de Valenciennes, Julie Champion nous précise que les médicaments non utilisés sont rangés en deux catégories : les plus dangereux sont les médicaments cytotoxiques (relatifs aux substances ou aux processus visant à détruire des cellules comme la chimiothérapie ou la radiothérapie) et cytostatiques (substances ayant la propriété de bloquer la multiplication cellulaire et employées dans le traitement des tumeurs). Ceux-là doivent être incinérés à 1200°C pour éviter tout risque de contamination des sols.  L’incinération produit de la chaleur pour alimenter des réseaux de chauffage urbains et industriels. Pour les autres, ils sont considérés comme de basiques déchets d’ordures ménagères (DAOM) et peuvent être méthanisés pour récupérer le biogaz, lui-même mis à disposition dans un réseau de distribution. Julie Champion nous explique aussi que l’hôpital de Valenciennes a participé à un test pour le recyclage du verre médicamenteux, qui contient des vaccins par exemple, mais qu’il n’existe, à ce jour, pas encore de réelle manière de les recycler.

 

Au bloc opératoire, on opère…aussi des choix

Depuis 1994, tous les déchets du bloc opératoire doivent être triés pour faciliter le recyclage. Il y a plusieurs types de déchets comme des objets métalliques par exemple. Eric Pierru de l’hôpital de Cambrai nous explique : « De plus en plus, on utilise l’autoclave : cet outil de désinfection est une sorte d’une grosse « cocotte-minute » qui stérilise les outils infectieux du bloc opératoire comme le scalpel ». A priori très écologique, cette solution ne l’est pas tant que cela, puisque la machine consomme énormément d’eau et d’électricité. 

Dans les hôpitaux de Cambrai et Valenciennes, lors d’une opération avec anesthésie générale, le chirurgien utilise une lame de laryngoscope qui sert à ne pas avaler sa langue : ces lames, recyclées avec les autres métaux, sont broyées, compressées et fondues pour former d’autres objets. L’endoscope (instrument optique médical ou industriel permettant la réalisation d’une exploration par la bouche) a été longtemps transporté dans plusieurs housses pour éviter les bactéries. Dorénavant, à l’hôpital de Cambrai, une seule housse (Soluscope) est nécessaire et cela génère donc moins de déchets. Autre initiative, les pacemakers des personnes décédées sont recyclés par une société externe à l’hôpital. Quant aux déchets humains, les organes ou membres retirés d’un corps, ils sont conservés dans des bacs spéciaux, puis stockés dans des enceintes réfrigérées, et enfin récupérés par une société qui les incinère, ce qui est obligatoire depuis la loi de 2017.

Dans les hôpitaux, on utilise aussi le textile à usage unique comme les masques, les gants, les blouses, les draps, et notamment au bloc opératoire, surtout pour des raisons d’hygiène mais aussi de praticité. Il est donc important d´œuvrer pour limiter et recycler ce textile. Ainsi, en 2024, le Conseil d’Etat a rédigé un décret afin de préciser la loi, pour favoriser la collecte et le tri des textiles hospitaliers par la filière REP qui doit anticiper le recyclage dès la production du produit.

Ces initiatives des centres de Cambrai et Valenciennes montrent qu’un tri et un recyclage efficaces sont possibles : elles méritent d’être généralisées, bien sûr à l’ensemble du secteur hospitalier mais aussi, au-delà, dans de nombreux secteurs de notre économie qui ont encore des progrès à faire dans la gestion de leurs déchets. L’exemple de l’hôpital peut être inspirant. La clef pour réduire encore l’impact environnemental tout en garantissant la sécurité.

Lola Courtin, Lana Filleur et Elyse Nette

Note : la filière REP  pour Responsabilité Élargie du Producteur, est un principe selon lequel les entreprises qui mettent des produits sur le marché sont responsables de leur impact environnemental tout au long de leur vie, de la conception jusqu’à la fin de vie et doivent donc assurer leur recyclage (source Ademe https://filieres-rep.ademe.fr/dispositif-filieres-rep)

A Cambrai, des bacs séparés et identifiés pour optimiser le devenir des déchets (Photo Elyse Nette)

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