La fosse des Mariannes, située dans l’océan Pacifique, est le point le plus profond connu sur Terre, atteignant près de 10 900 mètres. Difficile d’imaginer qu’une activité humaine puisse laisser des traces à une telle profondeur…et pourtant si, puisqu’un sac plastique y a été retrouvé. Ce constat est alarmant, la pollution plastique atteignant dorénavant même les zones les plus isolées de la planète et ce, pour longtemps, puisque le plastique est très peu biodégradable.

Le fléau du plastique
Le plastique est une matière composée de polymères, parfois naturels (cellulose, amidon) mais le plus souvent fabriqués chimiquement à partir de pétrole. Depuis son invention par Leo Baekeland, en 1907, sa production n’a cessé d’augmenter puisqu’il est utilisé partout (médecine, emballages…). En 2023, et selon le journal « Les Echos », environ 400 millions de tonnes ont été produites dans le monde, surtout en Asie (dont 33 % en Chine) et en Amérique du Nord. En France, pour limiter ses impacts, des lois ont été votées, comme l’AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) en 2020 : composée de cinq axes, ses objectifs visent à passer d’une économie linéaire (« produire, consommer, jeter ») à une économie circulaire réduisant et anticipant les éventuels déchets.
Très léger, le plastique se disperse facilement et environ 8 millions de tonnes se déversent chaque année dans les océans. Dans le Pacifique, on parle même du 6ème continent de plastique, mesurant environ 1,6 millions de km² soit trois fois la superficie de la France métropolitaine. Les conséquences sur la biodiversité marine sont très nombreuses. Les animaux marins confondent souvent ces déchets avec de la nourriture, ce qui provoque blessures, étranglements, allant même jusqu’à la mort. L’association « No plastic in my sea » estime que 90 % des animaux marins sont affectés par ces déchets et environ 14 000 en meurent chaque année. Et d’ici 2050, on estime que toutes les espèces d’oiseaux marins seront également touchées.
Des alternatives existent
Face à cela, plusieurs alternatives existent comme les matériaux naturels, le bambou, le papier ou encore le verre qui sont des emballages recyclables et sains. Le retour de la consigne en verre se développe avec, par exemple, l’entreprise Le Fourgon, qui livre puis récupère les contenants en verre qui sont consignés. Et ça marche puisque le Fourgon ne cesse de s’étendre.
Moins connus peut-être, il existe aussi les bioplastiques. Créés en 1947, ils sont fabriqués à partir de ressources renouvelables et peuvent être compostés. L’entreprise française Lactips, installée dans la Loire a créé un bioplastique à base de protéine de lait et d’additifs végétaux, le Caretips, un polymère biosourcé, biodégradable et hydrosoluble qu’elle produit à hauteur de 1500 tonnes par an. Depuis sa création en 2014, la startup ne cesse de se développer et, comme le magazine L’Usine nouvelle l’affirme dans un article en 2025, « elle veut aujourd’hui partir à la conquête de marchés aux Etats Unis et en Europe ». Citons encore l’entreprise londonnienne Notpla, co-fondée par un français Pierre Paslier qui développe des emballages biodégradables et comestibles, les « Ooho » à base d’algues brunes et rouges, qui ont déjà remplacé plus de trois millions d’emballages plastiques à usage unique ; en 2022, l’entreprise a d’ailleurs reçu le célèbre Earthshot Prize, pour récompenser ses efforts.
A Cambrai, c’est l’Alternative

Dans notre ville, Charlotte Fillassier, sensible depuis toujours à l’écologie, a voulu lier son évolution professionnelle et personnelle. Elle a ouvert le magasin « L’Alternative » où elle propose la vente en vrac et où l’on peut pratiquer le zéro plastique, puisqu’elle nous explique que les clients peuvent venir avec leur propre contenant, au choix. Si elle dispose d’une clientèle fidèle, elle fait face à certaines difficultés, et note, actuellement, un certain désintérêt pour ce type de magasins centrés sur le bio, le vrac et le zéro déchet. Elle explique : « un commerce bio peut être plus rentable qu’un commerce classique, surtout lorsqu’il est affilié à un groupe permettant de négocier les prix ». Mais en tant que petite commerçante indépendante, elle ne bénéficie pas de ces avantages. Elle travaille néanmoins avec des producteurs raisonnables, ce qui contredit le préjugé selon lequel le bio serait systématiquement plus cher : on peut donc, en plein centre de Cambrai, faire ses courses avec de bons produits et sans plastique.
Mais avant tout il est important d’éveiller les consciences. Isadora Sanchez a 40 ans et elle a une sensibilité écologique qu’elle essaye de mettre en pratique mais n’y parvient pas toujours. Elle nous explique : « aujourd’hui l’alternative au plastique c’est l’achat en vrac, mais le vrac a un coût extrêmement important : donc quand je fais ce choix, j’achète moins car je ne peux pas acheter la même quantité que dans un supermarché ». Isadora a trois enfants, elle travaille à plein temps et part faire les courses à 18 h 30 après le travail. Le vrac constitue, pour elle, un sujet de tensions à la maison car son mari voudrait qu’ils arrêtent totalement le plastique mais elle n’a parfois pas le temps de choisir les meilleures alternatives car elle n’a souvent que dix minutes pour faire ses courses avant de rentrer s’occuper des enfants. Même si elle a réduit le plastique de 30%, notamment dans l’alimentation en allant, par exemple, dans des magasins engagés comme l’Alternative mais surtout Biocoop, elle souhaiterait qu’une loi existe pour interdire le plastique le plus possible et favoriser les alternatives. Elle estime : « ce n’est pas à moi, maman, de devoir trouver des alternatives au supermarché », et elle aimerait que les solutions soient plus accessibles financièrement. C’est le cas surtout pour les goûters dont elle ne peut pas se passer : ne disposant pas d’assez de temps pour les faire elle-même, elle se retrouve à acheter des produits avec beaucoup d’emballages plastiques.

Ainsi, le plastique demeure toujours un problème majeur car sa production augmente toujours à l’échelle mondiale et il continue de causer des dégâts au niveau marin et terrestre. Développer ces alternatives durables est essentiel, et même si certains Etats, des associations et des entreprises le font déjà, chacun peut agir individuellement à son échelle.
Noé Delattre, Ilana Buirette, Nolhan Deleau
