Très souvent, on nous explique qu’il faut manger du poisson, que c’est bon pour la santé…Et en même temps, paradoxalement, on nous explique que la pêche intensive nuit aux écosystèmes marins et que nos océans sont aujourd’hui victimes de surpêche. L’aquaculture, c’est-à-dire l’élevage de poissons s’est de son côté considérablement développée et représente aujourd’hui quasiment 51% des 186 millions de tonnes de poissons pêchés dans le monde mais elle n’a pas bonne réputation… Pourtant, pas très loin de chez nous, dans le Cambrésis, nous avons découvert une ferme aquaponique qui pourrait être une solution pour s’alimenter de manière durable et respectueuse de notre environnement.

Et au bord coule une rivière…
Imaginez un coin de verdure tout tranquille et calme, au bord de l’Escaut, un coin paisible avec juste le bruit de l’eau et des bassins de poissons traités respectueusement. Imaginez une boutique avec un personnel chaleureux et à l’écoute, une serre avec des rangées de petites pousses. C’est la Ferme Aquaponique du Cambrésis à Honnecourt-sur -Escaut ouverte depuis février 2021. Coralie Burrow en est la responsable et Loïc Denhez, le responsable de la pisciculture et de la pêche. Enfin Elodie Delacourt, en charge de la transformation et de la vente, organise aussi des visites pour les écoles ou les touristes. Nous l’avons rencontrée et elle nous a expliqué comment elle a connu Coralie et comment elles ont décidé de monter ce projet un peu innovant et surtout très écologique : « On a repris l’activité piscicole du papa de Coralie et après quelques hésitations, on s’est lancé dans l’aventure ».
A la découverte de l’aquaponie
Elle nous a accompagnées vers la serre pour nous montrer les pousses de fruits et légumes. Installée juste à côté de la boutique, la serre abrite la production maraîchère. Mais ici, pas d’engrais chimiques ! Les fruits et légumes sont alimentés par l’eau provenant des bassins d’élevage des truites et chargée des excréments de poissons. Par un système astucieux de pompe, de filtres et le concours de bactéries, ces matières fécales sont transformées en engrais. Les déjections des poissons fournissent ainsi des nutriments pour la croissance des plantes. L’eau ressort purifiée des bacs de culture et retourne dans le bassin à poissons avec un apport d’eau de la rivière juste à côté pour la refroidir. C’est ce principe qu’on appelle l’aquaponie ! Economie d’eau, et c’est appréciable en été quand il fait très chaud, pas d’engrais chimique ou extérieur, et, au final des productions maraichères plus rapides et de meilleurs rendements.
Nous avons ensuite rejoint la zone d’aquaculture. Ici, six rangées de bassins à poissons sont installées, reliées à deux sources et à l’Escaut. L’idée est d’éviter la surpopulation par bassin d’abord pour donner la priorité au bien-être animal mais aussi pour éviter la contagion possible de maladies. Elodie nous parle de leur respect envers les poissons qu’ils élèvent, des truites Fario avec leurs petits points rouges et des truites Gold, toutes jaunes et aisément repérables, toutes nourries à base de farine de poisson certifiée bio. Toute la production est écologique et tout est fait pour que le poisson soit de qualité : ainsi la température de l’eau est constamment surveillée. Elodie et ses coéquipiers, font en sorte que les poissons se sentent bien et grandissent dans les meilleures conditions possibles. Mais le projet ne s’arrête pas là et Elodie nous fait visiter le futur poulailler qui accueillera bientôt une quarantaine de poules pondeuses, histoire d’alimenter la boutique juste à côté. Côté transport on ne peut pas faire plus court…

Du producteur au consommateur
Dans la boutique qui se trouve sur place, de nombreux produits sont présents avec bien sûr tous les produits issus de l’élevage de truite, des produits certifiés bio et qu’Elodie décline dans toute une série de transformations possibles : « il faut varier durant la saison pour que les acheteurs ne se lassent pas ». Des rillettes aux accras, des brochettes marinées l’été, fumées, entières ou en filet, la truite est partout. Capturées le jeudi soir, transformées le vendredi matin, elles se retrouvent sur les étals l’après-midi même ou le samedi au plus tard. Et puis dès que la production maraichère est possible, on retrouve dans la boutique d’excellents légumes et fruits en circuit ultra court. A côté de leur propre production, Elodie et ses partenaires ont accueilli aussi des produits locaux et certifiés pour permettre aux acheteurs de trouver sur place de quoi faire leurs courses en une seule fois, des pâtes au café, torréfié dans un petit village à côté.
D’ailleurs M et Mme Herbin, un couple de retraités que nous avons rencontré sur place nous l’ont confirmé : « On a connu Elodie au marché et comme on était très satisfait des produits, maintenant on vient ci, dans sa boutique ».

Elodie est présente au moins trois fois par semaine sur les marchés locaux pour aller à la rencontre de ses clients et réduire ainsi les intermédiaires et les coûts de transport ; pour éviter le gaspillage, elle a mis en place un système de commandes par internet ce qui permet de limiter les pertes et de ne capturer que les truites qui seront très vite vendues. En découvrant notre territoire, nous avons ainsi pu prendre conscience qu’il est possible d’éviter les grandes surfaces et de réduire notre coût carbone tout en achetant pas très cher de bons produits. Pourtant la ferme aquaponique n’est pas encore très rentable et s’il n’y avait pas une activité loisir d’étangs de pêche à côté, elle le serait encore moins. Elodie et ses partenaires se dégagent un tout petit salaire pour plus de dix heures de travail quotidien et restent pour l’instant dépendants des ventes, qui varient chaque semaine et même en fonction de la météo qui encourage les clients ou pas à venir au marché.
Et puis tout n’est pas terminé sur le domaine : même si un chantier participatif organisé par l’association la Repousse en juin dernier a permis de couper des centaines de bambous, d’autres travaux n’ont pas pu être finis par des entreprises pas toujours sérieuses et l’atelier de transformation n’a pas encore pu être installé sur place…Souhaitons-leur de pouvoir enfin concrétiser l’ensemble du projet, de trouver de nombreux clients et d’être assurés financièrement de pouvoir continuer l’aventure, une belle alternative pour une consommation plus durable et plus locale.
Alors, lecteurs de cet article, faites-vous nos porte-voix et faites connaitre à votre tour la ferme aquaponique : une petite truite fumée ici, ça vous dit ?
Maddie Orlando, Phybie Motylicki, Sélène Vermeulen
