Quand la neige ne tombe plus, le dilemme des stations de montagne

Perchée au cœur du Valais, la station suisse de Veysonnaz est un maillon essentiel du vaste domaine des 4 Vallées. Pourtant, comme beaucoup de stations alpines, elle fait face à un dilemme : pour garantir l’ouverture des pistes chaque hiver, elle doit de plus en plus compter sur la neige artificielle. Face à la réduction des chutes naturelles et à la variabilité climatique, la neige artificielle est devenue un pilier indispensable de l’économie locale et du tourisme de la station. Comment Veysonnaz peut-elle arbitrer tourisme hivernal et préservation de la montagne ?

Canon à neige, Station Veysonnaz, Suisse, le  19 mars 2026 (Photo Léna Boisdenghien)

Le ski devenu aléatoire

Sans neige artificielle, beaucoup de stations comme Veysonnaz ne pourraient plus ouvrir régulièrement. Les hivers sont devenus trop imprévisibles : parfois il neige beaucoup, parfois pas du tout pendant plusieurs semaines. Pour les commerçants, les moniteurs de ski et les hôtels, c’est un gros problème économique. La neige artificielle sert donc de « sécurité » pour garantir qu’il y aura assez de neige sur les pistes principales, surtout en début de saison (décembre-janvier) et au printemps quand le soleil fait fondre la neige naturelle. À Veysonnaz, la majorité des pistes sont équipées de canons à neige pour assurer cette couverture.

Une eau si précieuse

Cependant, fabriquer de la neige n’est pas sans conséquences. Le premier gros problème, c’est l’eau. Pour faire de la neige, il faut pomper de grandes quantités d’eau dans les rivières ou les lacs de retenue. Même si cette eau retourne dans la nature quand elle fond, le pompage intensif peut perturber les écosystèmes locaux, surtout en hiver quand le débit des cours d’eau est déjà faible. Le deuxième problème, est l’énergie. Les canons à neige et les pompes fonctionnent à l’électricité. Si cette électricité vient de sources polluantes, cela augmente l’empreinte carbone de la station. Enfin, il y a un impact sur le sol. La neige artificielle est plus dense et fond plus lentement que la neige naturelle. Cela peut retarder la repousse de l’herbe et des plantes au printemps, ce qui abîme les pentes et favorise l’érosion.

Pistes de la Station Veysonnaz, Suisse en mars 2026 (Photo Alice Rigaux)

Des techniques moins problématiques

Heureusement, des solutions existent et sont déjà mises en place ou en développement à Veysonnaz et ailleurs. Notamment l’amélioration de l’efficacité des canons grâce aux nouvelles technologies qui permettent de produire plus de neige avec moins d’eau et moins d’électricité. Les canons modernes sont capables de fonctionner avec des températures moins basses et d’ajuster automatiquement la quantité d’eau et d’air pour éviter le gaspillage.

De plus, une meilleure gestion de l’eau est aussi envisageable, comme stocker l’eau de pluie. Ainsi, en hiver, on n’a pas besoin de pomper directement dans les rivières, ce qui protège la vie aquatique. Veysonnaz et les 4 Vallées investissent dans ces infrastructures pour être plus autonomes. Enfin, l’utilisation d’énergies renouvelables constitue une autre solution. Pour réduire l’impact carbone, les stations peuvent alimenter leurs installations d’enneigement avec de l’électricité verte (hydroélectrique, solaire ou éolienne). La Suisse ayant beaucoup de barrages hydroélectriques.

La neige artificielle à Veysonnaz est aujourd’hui indispensable pour l’économie locale, mais elle pose de véritables défis écologiques. Ce n’est pas une solution que l’on peut utiliser sans limites. La station devra en tenir compte et aussi envisager de développer des activités alternatives pour garder un équilibre entre économie et nécessaire préservation de son environnement montagnard.

Léna Boisdenghien, Alice Rigaux

Les commentaires sont clos.