Le gâchis, ça suffit !

En 1995, Mère Térésa, religieuse indienne et prix Nobel de la Paix, proclamait déjà : « Ce qui me scandalise, ce n’est pas qu’il y ait des riches et des pauvres : c’est le gaspillage. ». Depuis de nombreuses années, le gaspillage alimentaire est un problème majeur à toutes les échelles. Dans le monde, ce sont 931 millions de tonnes de nourriture consommable jetés par an, en France, 10 millions de tonnes. Et pourtant des gens ne mangent pas à leur faim et fabriquer de la nourriture génère des gaz à effet de serre. Peut-on continuer à gaspiller sans fin ?  

Le gaspillage à notre échelle  

Image libre de droits, stocklib.fr

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Depuis cinq ans, nous mangeons tous les jours à la cantine. Il est fréquent que nous ne finissions pas nos assiettes. Frappées par ce gaspillage journalier, nous avons décidé de nous intéresser davantage à nos déchets alimentaires. A Paul Duez, notre lycée, près de 1 400 repas sont servis chaque jour, ce qui génère entre 90 et 100 kilos de déchets selon les menus proposés. Et le gaspillage, c’est aussi une perte d’argent qui varie selon les repas mais c’est généralement entre 15 centimes et 1 euro 70 par plateau.

Que d’impacts, si on y pense…

Avec l’augmentation continue de la population mondiale et donc de la nourriture à produire, 10 millions d’hectares continuent d’être déboisés chaque année. Or, le gaspillage alimentaire représente l’équivalent de ce que produisent 30 % des terres agricoles. Moins de gaspillage et donc moins de déboisement… et avec cela, moins d’impacts sur la biodiversité.

Moins gaspiller, c’est aussi la possibilité d’aller vers une agriculture moins intensive, avec moins d’intrants nécessaires dans la course aux rendements et donc un plus grand respect des sols et de l’environnement ; c’est aussi lutter indirectement contre les émissions de gaz à effet de serre liés à la production de nourriture (l’élevage bovin, pour la viande ou le lait, produit du méthane en grande quantité). De même les véhicules qui transportent les aliments produisent du dioxyde de carbone.

Et les aliments jetés, qui finissent ensuite dans des sites d’enfouissement, rejettent à mesure qu’ils pourrissent, du méthane. Rappelons que le méthane est 25 fois plus polluant que le dioxyde de carbone ! C’est bien simple, si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le troisième plus gros pollueur derrière la Chine et les Etats-Unis !

L’eau est également en jeu. Tous les produits alimentaires ont eu besoin d’eau à une étape de leur production (végétaux comme animaux) mais également lors des opérations de transformation. Ainsi, il faut 1900 litres d’eau pour produire 1kg de riz et au final, la nourriture produite non consommée engloutit chaque année 250 km3 d’eau, soit plus de 220 fois le lac d’Annecy ! Le gaspillage alimentaire consomme tellement d’eau qu’il pourrait combler, en disparaissant, tous les besoins en eau des ménages du monde entier.

Les impacts sont aussi économiques :  en Europe, on estime que le gaspillage alimentaire coûte près de 143 milliards d’euros chaque année et pour l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), il est estimé à 16 milliards d’euros par an en France. La demande en nourriture subit une augmentation des prix sur le marché, à cause de la rareté des sols disponibles ; avec 30% de production récupérée, la pression ne serait plus la même. C’est enfin aussi une question éthique. Nous jetons des denrées alimentaires pendant que d’autres personnes meurent de faim : aujourd’hui, 8,9 % de la population mondiale souffre de sous-alimentation soit près de 700 millions de personnes.

Le changement c’est possible !

Connaissez-vous cette application créée en 2016 et qui se nomme « Too Good To Go » ? C’est une initiative pour lutter contre ce problème mondial. Le principe est simple : les restaurateurs et les commerçants comme les boulangers, les bouchers ou même les supermarchés, mettent en ligne des « paniers surprises » composés d’aliments invendus destinés à la poubelle. Les utilisateurs qui payent un prix moindre n’ont plus qu’à récupérer leur panier. Autre exemple efficace, le doggy bag qui permet à un client de restaurant de récupérer les restes de son repas dans un contenant recyclable ou réutilisable fourni par le restaurateur. Déjà très répandu aux Etats-Unis et en Asie, il a désormais trouvé sa place dans les restaurants français et il est, depuis le 1er juillet 2021, devenu obligatoire.

Au magasin, l’Alternative, on peut juste acheter la quantité qu’on souhaite grâce au vrac. (Photo Le Hublot)

Au magasin, l’Alternative, on peut juste acheter la quantité qu’on souhaite grâce au vrac. (Photo Le Hublot)

Les supermarchés ont aussi des possibilités de lutter contre le gaspillage alimentaire en réduisant par exemple les prix des aliments jugés « imparfaits ». Dès 2014, l’enseigne « Intermarché » avait lancé l’opération « Fruits et légumes moches », moins chers, reprise depuis par ses concurrents.

Nous sommes allées à « L’alternative » situé à Cambrai où Charlotte Fillassier cherche à limiter un maximum les emballages, en utilisant le vrac ou les emballages consignés : le client ne prend que la quantité qu’il souhaite. Attachée à favoriser au maximum les petits producteurs locaux ou régionaux, elle lutte aussi contre le gaspillage alimentaire autour des dates de péremption : pour elle, même si la date du produit est dépassée, on peut parfois encore le consommer ; elle négocie alors le prix avec le consommateur. Elle fait aussi partie du réseau « Phoenix » qui, lui aussi, propose des paniers-surprises sur ses produits invendus.

Dans notre lycée aussi !

Christophe Ancel, chef cuisinier de la cité scolaire Paul Duez - Bettignies prépare avec ses équipes plus de 1200 repas tous les jours. (photo Le Hublot)

Christophe Ancel, chef cuisinier de la cité scolaire Paul Duez – Bettignies prépare avec ses équipes plus de 1200 repas tous les jours. (photo Le Hublot)

Dans notre restaurant scolaire, la nourriture gaspillée est collectée et ramassée une fois par semaine par une société de méthanisation. Ces gaz formés sont réutilisés dans le transport ou le chauffage. Notre chef cuisinier, Christophe Ancel, parie aussi sur les changements d’habitude : « J’ai demandé à ce qu’on ne surcharge pas les assiettes mais si les élèves veulent plus de frites ou plus de pâtes, ils savent qu’ils peuvent en redemander. »

Un système de réservation a été mis en place pour que les cuisiniers puissent adapter leurs quantités au chiffre journalier de repas commandés. Mais il y a des élèves qui réservent et qui ne viennent pas forcément manger. Alors il calcule toujours une marge inférieure et préfère recuire à la dernière minute en fin de service en cas de besoin. Et puis l’on ressert des plats le lendemain si les aliments ne présentent pas de problème d’hygiène et de sécurité.

Tout cela nous prouve que ce problème est loin d’être le plus compliqué à faire évoluer : nous pouvons tous à notre échelle agir et contribuer à réduire le gaspillage avec des gestes simples.

 

 

Valentine Delcourt, Estelle Duez, Jeanne Guinet, Valentine Krier.

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