La biodiversité, une réelle priorité à Cambrai ?

La biodiversité désigne la diversité des organismes vivants, à l’échelle des écosystèmes, des espèces et au sein de chaque espèce (diversité génétique). Mais aujourd’hui, partout dans le monde, un effondrement important de la biodiversité est observé. D’après l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), sur les 172 620 espèces étudiées au niveau mondial, 28% sont menacées d’extinction. Cela concerne des espèces très différentes : 41% des amphibiens, 11% des oiseaux, 26% des mammifères et 38% des arbres par exemple. Et la France n’est pas épargnée ; avec 2501 espèces menacées présentes sur son territoire (métropole et outre-mer), elle figure parmi les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées. Cette perte de biodiversité a des causes variées mais toutes sont liées aux activités humaines. D’après le Ministère de la transition écologique, les principales causes sont la destruction et l’artificialisation des milieux naturels, la surexploitation des ressources naturelles, le trafic illégal, le changement climatique global, les pollutions des océans, des eaux douces, des sols et de l’air et l’introduction d’espèces exotiques envahissantes. Pourtant dans notre territoire les choses changent et on se préoccupe davantage de la biodiversité…

Le jardin public, un vrai poumon vert pour la ville (photo Le Hublot)

À la découverte de la biodiversité présente à Cambrai

Cambrai est une ville moyenne avec une biodiversité variée. Selon Jérôme Gauducheau, le responsable du service Espaces Verts de Cambrai, la ville possède une végétation d’environ 90 hectares ce qui correspond à la moyenne haute pour des villes similaires. Différents milieux y sont présents. Le jardin public de Cambrai, couvrant près de 22 hectares en centre-ville, est constitué de trois parties : le jardin aux fleurs plutôt décoratif avec de nombreuses espèces exotiques, le jardin Monstrelet inspiré des parcs londoniens et le jardin des grottes qui a un aspect plutôt forestier. Nous retrouvons également des berges aménagées le long du canal de l’Escaut avec, pour se promener, des chemins bordés de végétation propice au développement de la biodiversité. La Coulée Verte, un grand parcours de marche végétalisé avec faune et flore présentes sur 3km, relie ce canal à la maison de la Nature récemment ouverte afin de sensibiliser la population en proposant des ateliers variés et à l’accueil d’expositions. À Proville, une commune limitrophe, le bois Chenu est un parc écologique urbain qui permet de découvrir la faune et la flore de la région et plus particulièrement les espèces caractéristiques des zones humides. 

Au sein de notre établissement, le lycée Paul Duez, la biodiversité est également présente avec un potager biologique, une mare, un verger et différentes zones végétalisées. Un projet de végétalisation de la cour est actuellement développé en partenariat avec les écodélégués afin de créer un espace agréable, avec des îlots de fraicheur, favorisant les infiltrations d’eau et propice à la biodiversité.

Le canal de l’Escaut est un lieu de promenade très prisé des Cambrésiens (photo Le Hublot)

La biodiversité : une richesse à préserver

D’après le rapport « France biodiversité 2025 » du WWF, si les espèces sont bien protégées, elles se rétablissent. En effet, après la mise en place d’actions de conservation, plusieurs espèces en déclin ont vu leur population augmenter. En France, le flamant rose, par exemple, a vu son nombre multiplié par quatre depuis 1958, date à laquelle ils avaient presque disparu. Ces actions de protection de la biodiversité sont importantes car la biodiversité a de nombreux atouts. Elle fournit des ressources comme le dioxygène produit particulièrement grâce à la photosynthèse des végétaux et du phytoplancton mais aussi de la nourriture, des médicaments et des matières premières. Elle peut également rendre des services irremplaçables comme la pollinisation notamment grâce aux insectes, la fertilisation et l’épuration des sols. Dans le contexte du dérèglement climatique actuel, la biodiversité végétale est également un atout dans les villes.  Ajouter des arbres permet d’avoir plus de fraîcheur et de créer des zones ombragées d’une part pour s’adapter au réchauffement climatique et d’autre part pour faciliter l’infiltration des eaux.

Et à Cambrai, que fait-on pour préserver la biodiversité ? 

Nous avons rencontré Jacques Héloire qui était président de l’association « Les Incroyables Comestibles » à Cambrai. Cette association, qui a des antennes dans plusieurs pays, a pour objectif de promouvoir l’agriculture urbaine participative en invitant les citoyens à planter partout où cela est envisageable et à mettre les récoltes en partage. Sur Cambrai, le principal but était de montrer que, même avec de petits espaces, il est possible de faire de grandes choses. Les Incroyables Comestibles voulaient également sensibiliser les jeunes en intervenant et en montant des projets au sein des établissements scolaires. Malheureusement, l’association n’existe plus car, selon Jacques Héloire, personne ne prenait au sérieux la biodiversité qui, dit-il, est en grande perte d’années en années à Cambrai.

La coulée verte traverse la ville sur 3km entre l’Escaut et la maison de la nature (photo Le Hublot)

Jérôme Gauducheau n’a pas le même avis. Il nous a expliqué que, chaque année, 50 à 100 arbres (dont des fruitiers) et fleurs sont plantés.  Le service des Espaces verts crée des prairies fleuries en semant des fleurs à la place du gazon pour attirer les insectes pollinisateurs. Il pratique également un entretien différencié des différents espaces verts de Cambrai : certaines zones comme le jardin aux fleurs sont très entretenues avec une tonte par semaine mais d’autres, comme les prairies fleuries, la Coulée Verte ou les zones de fauche tardive, ne sont tondues qu’une fois par an. Ce système permet de favoriser la biodiversité en attirant différentes espèces animales : des insectes, des petits mammifères, des oiseaux… Le service développe également des partenariats comme avec la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) pour installer des nichoirs qui accueillent des oiseaux mais aussi des chauves-souris. Des projets de végétalisation sont également envisagés : planter davantage d’arbres pour créer des zones d’ombre et combattre les îlots de chaleur ou créer des espaces verts supplémentaires en supprimant des places de parking.

En termes de biodiversité, Cambrai n’est sans doute pas Grenoble, élue capitale verte européenne en 2022 mais notre ville possède d’indéniables atouts, des milieux variés avec le Jardin Public, les berges du canal ou la Coulée Verte par exemple. Cependant, certaines zones comme la Place Aristide Briand et la place du marché couvert, qui vient d’être rénovée, sont malheureusement, pour l’instant, dépourvues de végétation.

Le problème principal reste donc la sensibilisation des habitants qui, selon nous, n’y prêtent pas suffisamment attention. A l’avenir, Cambrai pourrait créer des jardins partagés et communautaires, protéger les cours d’eau urbains, réintroduire des espèces locales, préserver et recréer les corridors écologiques, limiter l’imperméabilisation des sols…Quelques idées qui permettraient d’améliorer encore davantage la biodiversité…

Tom Cartegnies, Louis Mercier et Yelen Pietrzak

 

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