Et si on zappait Shein ?

Combien de fois avons-nous commandé en ligne un vêtement juste parce qu’il suivait la tendance ou que nous n’avons pas trouvé de prix plus bas ? Derrière ces quelques clics et ces commandes en 5 minutes chrono, se cache l’ultra fast fashion. On parle ici d’un système de production qui renouvelle des collections entières à grande vitesse, plusieurs par semaine, mais qui en contrepartie a de lourdes conséquences sur l’environ-nement : d’après un sondage du journal les Echos, 83% des Français surconsomment c’est-à-dire consomment des biens au-delà de ce qui est nécessaire. Aujourd’hui, on associe trop souvent la surconsommation à la réussite sociale, un phénomène dû aux réseaux sociaux et aux publicités qui nous envahissent et nous incitent à acheter.

 

Nous croulons sous les déchets textiles (photo Unsplash libre de droits)

C’est nouveau, c’est pratique…mais c’est pas fantastique !

 Quand on commande le dernier sweat à capuche sur Shein, on se focalise sur la couleur et la taille mais on ne pense pas, évidemment, à tout le reste. Pourtant, le vêtement est rempli de polyester (dérivé du pétrole) qui, au lavage, rejette des micros plastiques, non recyclables. Et comme 75,5% de ces articles sont en polyester, ça représente tout de même 14% de la production mondiale de plastique. Le sweat à capuche est transporté en camions (au total, c’est 22% des émissions de gaz à effet de serre) et en avion (le fret aérien, c’est, à lui seul, 3% du total des GES à l’échelle mondiale). En plus de dégrader l’environnement, ces plateformes ont un aspect social extrêmement négatif. En Asie, la plupart des employés sont victimes d’esclavage moderne. Leurs semaines de travail réglementées à 44 heures passent à 126 heures, pour un salaire de 6 à 27 centimes d’euros par vêtement. Des jeunes enfants sont également contraints de travailler. Face à cette invasion de l’ultra fast fashion, plusieurs propositions politiques sont aujourd’hui en réflexion, notamment la réduction des transports maritimes et aériens ou la taxation de ces produits à bas coût qui cassent la concurrence de produits plus qualitatifs.

Des commandes en 5 minutes qui peuvent avoir de graves conséquences (photo Unspash libre de droits)

On culpabilise…mais juste un peu

Un sondage a été envoyé à l’ensemble du lycée, élèves et adultes, quant aux habitudes de consommation sur la plateforme Shein. 65,1% disent avoir déjà utilisé la plateforme : 90% pour les prix bas, 49,6% pour les nouveautés permanentes.

A noter que seuls 37,1% disent culpabiliser de consommer sur Shein. Selon nous, la solution pour limiter tous ces problèmes serait d’interdire ce genre de plateformes, d’inciter les gens à consommer dans leurs villes et acheter des vêtements de meilleure qualité à des prix qui reflètent la valeur du travail fourni, ou encore favoriser la seconde main.

En effet, dans les villes, les friperies se multiplient ces dernières années, qu’elles soient associatives ou gérées par des particuliers. C’est le cas de Sophie, gérante de la boutique « Le Mis En Troc » installée à Cambrai depuis 30 ans et que nous avons rencontrée. Le concept de la boutique étant le dépôt vente, elle ne prend que des articles de qualité et évite les vêtements de la grande distribution. Elle explique : « Shein porte préjudice aux vêtements neufs et les gens ne font plus la différence entre la bonne et la mauvaise qualité ; les prix jouent énormément sur ce phénomène ». Nous lui avons ensuite demandé comment, selon elle, nous pourrions motiver les consommateurs à ne plus surconsommer. Sophie pense que le gouvernement devrait mettre « de plus grosses taxes ».

Le « mis en troc » à Cambrai a ouvert son rayon textile en 2018 (Photo Elize Petit)

Nous avons aussi contacté Fabienne Meurice qui a fondé l’association « Et si ! » en 2021 à Béthune, une association écoresponsable basée sur la transition zéro déchet : c’est un endroit où les habitants se retrouvent pour partager des solutions concrètes pour simplifier leur transition de vie écologique. Nous avons beaucoup apprécié ce concept car il repose sur plusieurs piliers, notamment l’espace en troc : vous déposez vos objets ou vêtements qui trainent et, en échange, vous recevez des éco-points, qui peuvent être utilisés en échange d’autres objets ou de bons d’achats chez des partenaires. Autre bonne idée, la collecte de recyclage. Les adhérents de l’association collectent des objets qui seront transformés. Par exemple, vos vieilles chaussettes deviennent des éponges écologiques. Une matériauthèque gratuite permet de récupérer divers articles qui retrouveront une nouvelle vie. Pour finir, un véritable lien social se créé entre les adhérents qui échangent leurs recettes ou leurs alternatives au plastique, en passant par les conseils cosmétiques.

Leur but ultime est de faire baisser notre empreinte carbone, chacun à son rythme, tout en créant un lien entre les habitants. Elle affirme également : « Shein est une mauvaise plateforme, vis-à-vis de l’impact environnemental, mais également sur les conditions de travail : normes de sécurité, horaires excessifs – révélés par l’ONG public EYE. Les vêtements sont conçus avec des substances toxiques comme les phtalates qui sont des substances chimiques interdites en France. » Selon Fabienne, la meilleure façon d’inciter les gens à réduire leur consommation sur les plateformes comme Shein serait de promouvoir le « Moins mais Mieux ». Et pourquoi ne pas concevoir une garde-robe capsule avec des classiques qui ne se démodent pas ?

Passons au BISOU !

 Avant de cliquer sur commander, voici la méthode Bisou, un moyen mnémotechnique à retenir : ai-je Besoin de cet article ? Si oui, est-ce Immédiatement ? Puis-je le remplacer par un article de Substitution ? Est-ce que je connais l’Origine de cet article ? Dans quelles conditions est-il fabriqué et est-il vraiment Utile ? Si l’on répond non quelque part, c’est qu’on peut sans doute résister à cet achat peut être compulsif.

Finalement, la surconsommation dans l’ultra fast fashion a des conséquences importantes sur l’environnement, les ressources naturelles, mais également sur les conditions de travail des employés. Même si ces vêtements sont faciles d’accès, pratiques et peu chers, leur production et leur transport ruinent la nature et encourage le gaspillage. Nous avons tous des alternatives proches de chez nous, entre les boutiques locales, les friperies, les associations ou encore les dépôts ventes. Toutes valent la peine qu’on s’y intéresse de près, d’abord pour réduire notre empreinte carbone, ensuite pour moins consommer et enrichir des plateformes aux valeurs inhumaines, et enfin préserver la santé et l’avenir de nos enfants. Donc avant de cliquer, réfléchissez.

Sarah Gourguechon, Rafaele Lepretre et Elize Petit

 

 

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